FRinter180916

 

 

Cuisinières, cuisiniers,

Cuisinières, cuisiniers,

Gérontophiles, gérontophobes

 

Posons aujourd'hui une question de grammaire :

Grand-mère, ta cuisine, est ce celle que tu nous as donné ou bien celle que nous te devons?

 

FRG: Ben mon vieux, ça part fort!

 

AD: Si senior!

 

 Il fut un temps pas si lointain où on gardait Grand Maman à la maison jusqu'au bout.

Les inconvénients liés à son entretien, nourriture, nettoyage etc... étant considérés comme un juste renvoi d'ascenseur pour services rendus.

Gracias Abuelita pour ton gaspacho, merci Mamé pour ton pot au feu, milesker Amatchi pour ton axoa...

Époque révolue, aujourd'hui, hop à l'Etablissement pour Personnes Agées Dépendantes ! L'EPAD.

 

"L'EPADeu! L'EPADeu! OUI MAIS QUE MANGE MAMIE?( bis)" (Je chante sur l'air des pâtes Panzani)

 

Bien sûr on s'occupe soigneusement de Granny, bien sûr on médicalise, on aseptise, on fait très attention à ce qu'elle n'attrape aucune cochonnerie.

On craint la salmonelle sournoise, le botulis perfide, la listéria assassine.

Mais voilà, que fait on de son PLAISIR?

"M’enfin !", me direz-vous, fidèle au poncif : "Les vieux, ils perdent le goût ! ".

 

Non. Ils l’ont juste égaré, comme leurs lunettes.

 

Faut juste les aider à le retrouver !

 

Faisons à l'aïeule une cuisine qui concentre les saveurs, les couleurs et donc les nutriments car, oui FR, c'est la même chose.

FR: Ah bon?

Mais oui, le rouge de la tomate, l'orangé de la carotte, le vert de la peau du concombre ce sont les lycopenes, les carotènes, les stérols végétaux tout ce qui garde les joues de mamie bien roses. La couleur c'est la vie! (Ça c'est une phrase de ma gd mère Fanny)

Et pour que son esprit reste aussi vif que son teint, cuisinons lui du souvenir, de l'évocateur, je suis sûr qu’on peut combattre l'Alzheimer à coups de piperade.

 

En cuisine collective aujourd'hui, on consacre un temps infini à des pratiques qui dézinguent la plupart des micro nutriments, donc le goût.

Et ensuite on s'escrime à essayer d'en remettre (du goût, les nutriments eux, bye bye!) et ça avec force poudres de perlimpinpin- sel, épices, bouillons cubes- censées ranimer la carotte exsangue.

Mais non! C'est le vrai goût concentré qu'il faut à Mère Grand.

Du costaud en bouche même si il n'y a plus trop de dents.

Des jus réduits, des consommés amples, des purées soyeuses et corsées!

 

FRG: Une recette, peut-être?

 

AD: Et comment! Allez un gratin goûteux pour nourrir Mémé.

"Nourrir Mémééééé (Je chante sur l’air de Mourir d’aimer d’Aznavour)

 

Il vous faut une belle courge en morceaux pas trop "pépés", une gousse "d'aïeux", quelques oignons pas trop jeunes, du vin rouge... Vieux.

 

FRG: Du vin rouge??

 

AD: Bien sûr, "vinum lac senum" comme disaient nos ancêtres les romains, "le vin est le lait des vieillards".

 

Il vous faudra aussi quelques tranches fines d'un brebis vénérable, basque bien sûr! Et un peu d'huile d'olive.

 

On émince les oignons, on écrase l'ail, on noie tout ça de vin rouge dans une casserole et on fait mijoter à tout petit feu jusqu'à obtenir une confiture, on remouille a l'occasion.

On serre les gros morceaux de courge sur la plaque du four, un pschitt d'huile d'olive et hop à 180. Demi heure, en gros.

Là ils sont bien dorés et tendres à l'intérieur, on laisse un peu refroidir, on enlève la peau si elle est trop ferme puis on en fait une purée grossière avec le reste d'huile d'olive.

 

Bon on y va

 

-La moitié de la purée au fond du plat

-Une couche fine de fromage

-La compote d'oignon au vin rouge

-Une autre couche de fromage

-Le reste de la purée de courge par dessus

-Et on parsème de fromage.... pour la joie

 

40 min de four à 160 et voilà le gratin de jouvence! Bonne maman se met au skate, faudra attendre encore pour l'héritage.

Allez! Nourrissez-vous les uns les autres et vivez longtemps!