Cuisinières, cuisiniers!
Mangeuses, mangeurs!

Ces temps de Carnaval m'incitent à vous parler d'Arlequin
Pas le jeune homme bondissant et polychrome Mais celui qui se mange

Les arlequins étaient jadis les reliefs bigarrés, car d'origines variées, issus de repas plus ou moins somptueux. Ces restes finissaient tant bien que mal leur carrière en une rustique friture vendue sur le pavé.

JFG: Bref Arlequin est l'ancêtre de la street Food?

AD: Eh oui, et du "fouzitou" tant qu'on y est!

En ces temps là, on savait la valeur de la nourriture et le mot jeter n'existait pas.
Un faisan rôti en plumes à peine picoré à la table du duc filait aussi sec se faire redresser et servir chez un bourgeois cossu puis en recuite a l'auberge d'a côté pour finir assemblé à d'autres restes en échaudés vendus au coin de la rue éponyme.

Affiner, maturer, mariner, saler, fumer, sécher, hacher, mélanger, cuire, recuire, appertiser : toutes ces techniques ont été peaufinées par nos anciens dans le seul but de ne rien perdre de la valeur de ces produits

C'est exactement ça l'économie circulaire

Alors pourquoi aujourd'hui sur la planète, jetons nous un TIERS de ce que nous produisons?
Rien qu'en France on fout en l'air 38kg de bouffe par SECONDE!

Comment peut on passer en trois siècles seulement du respect de la nourriture au mépris de la bouffe?

Eh bien peut être qu'à force de brader le bifteck on finit par lui enlever sa valeur. A force de se faire dire que ça ne coûte pas cher, peut être que nous en venons à penser que ça ne vaut pas cher non plus Et vous savez quoi? Peut être que nous avons raison et que cette bouffe là elle pourrait aller directement à la poubelle même sans passer par nos tuyauteries intimes !
Mais je m'emporte, on en reparlera...

JFG: Certes, nous en reparlerons volontiers mais.... Passerait on bientôt en cuisine?

AD:
Avec plaisir et en bonne compagnie,
A ceux qui savent donc déjà que non seulement "ce que tu manges te constitue", mais aussi et surtout que "ce que tu manges dessine ton monde"
A ceux là donc, je propose ceci:
Allons au marché un samedi choisir le beau poulet pour dimanche,
profitons en pour prendre beaucoup plus de légumes que nécessaire,

en ce moment:
gros poireaux d'hiver, céleri rave, betterave, navets, carottes, choux pommés,

FRG: paumés dites vous?

AD:
Oui pommés, et pas pour tout le monde,
Bien serrés, jeunes quoi! comme vous mon cher.

Enfin, l'hiver, c'est la saison des gros légumes, profitons en.

Juste grattés ou rincés sous un filet d'eau, pas besoin de peler bien sûr, on a dit de bons produits donc bio au minimum

Nous les ferons rôtir en même temps que la volaille mais séparément et à sec, bien serrés dans des plaques ou lèchefrites.

FRG: à sec? Sans aucun corps gras?


AD:

Absolument
Quand ils sont dorés et tendres à cœur, le plus gros du boulot est fait pour vos dîners de la semaine,
vous aurez sous la main la matière première de vos compositions.
Ces légumes vous fourniront leurs bienfaits au long cours:

- Émincés dans un coup de wok avec les restes du poulet le lundi,

Dans le bouillon de la carcasse avec des nouilles le mardi,

Écrasés à l'huile d'olive avec des harengs fumés le mercredi,

Coupés en morceaux en gratin avec une béchamel intelligente et du bon vieux brebis d'estive basque le jeudi,

FRG': La béchamel chère à Antonin Carême... Stéphane va nous en parler sans doute


Battus en brandade avec des sardines de conserve le vendredi, Etc...

Pour peu que vous ayez pensé le samedi à cuire une gamelle de lentilles ou de pois chiches, que vous ayez un peu de boulgour, riz ou autre polenta sous la main et vous voilà capable de "ménager" admirablement au moins toute la semaine, produire du plaisir, de la santé et du sens et croyez moi, c'est pas si souvent que l'on peut se sentir aussi utile en ce monde.

Vous l'aurez compris, il ne s'agit pas tant d'accommoder les restes que de faire en sorte qu'il n'y en ait plus du tout.
Appelons de nos vœux l'arlequin de demain, le pain rassis des restos trempé de bonne sauce poêlé dans la ruelle: du pain perdu à l'enseigne du Père Paindu !

Allez, faites vous à manger les uns les autres et vivez joyeux!