Agroforesterie

Le couple sol plante

 

À force de prétendre faire plus et mieux que la Nature elle même, et ce depuis les débuts du Néolithique, nous (homo sapiens) nous retrouvons aujourd'hui dans la situation du dindon de la farce. En effet, les sols vivants et fertiles de l'agriculture des origines sont devenus autant d'éponges quasi neutres, substrats carrément morts sur lesquels rien ne pousserait sans une fertilisation permanente.

 

Deux voies s'ouvrent à nous dorénavant:

 

-Soit nous prenons le pari que la science et l'industrie, fortes des expériences vécues poussent le curseur encore plus loin. Transformant à terme notre planète en serre déconnectée de la Nature où tout, y compris les bêtes, pousse hors sol. Nous rendant donc tributaire d'intrants de plus en plus nombreux singeant avec plus ou moins de bonheur la complexité du vivant. On parle là de fertilisation.

 

-Soit nous utilisons nos technologies les plus avancées alliées au patrimoine empirique et historique des connaissances sur le vivant pour permettre à notre biosphère de fonctionner avec sa prodigalité originelle. On parle ici de la Fertilité.

 

Dans le premier cas, nous entérinons le divorce du couple sol/plante qui règne sur terre depuis les origines.

 

Dans le second nous bénissons cette union si fertile et l'accompagnons afin que l'humanité entière en profite.

 

 

 

 

Deux voies possibles donc, deux "paniers" si l'on peut dire, celui du divorce et celui du mariage.

 

Que trouvons nous dans le premier, celui du divorce consommé ?

 

-    Des sols régulièrement mis à nu entre les cultures, réduisant ainsi à néant le travail incessant des vers de terre et détruisant les réseaux vivants des champignons, meilleurs alliés des plantes.

-    Une mécanisation gourmande en pétrole et qui tasse les sols par la fréquence des interventions

-    Des surfaces immenses sans aucun arbre, lessivées sans cesse car incapables de retenir l'eau de pluie.

-    Des monocultures hyper vulnérables aux ravageurs car ne pouvant générer aucun équilibre entre les espèces qu'elles hébergent.

-    Une dépendance permanente à des apports extérieurs, que ce soit pour fertiliser ou pour lutter contre les éléments de la flore et de la faune "indésirables" .

-    Une gestion catastrophique de l'eau

-    Un gaspillage énorme de matière vivante entraînée vers les océans mêlée de résidus de pesticides et de nitrates polluant au passage les cours d'eau.

 

En bref une agriculture foncièrement déficitaire, épuisant le reliquat de nos capitaux en sols, eau et biodiversité.

 

Dans le panier des mariés en revanche, les cadeaux sont bien là:

 

-    Une économie substantielle en énergies fossiles (pétrole) et en temps de travail Grâce à l'arrêt du travail du sol.

-    Une optimisation maximale de l'énergie solaire par les plantes couvrant le sol en permanence.

-    Une présence importante d'arbres stockant du carbone en quantité, produisant du bois d'œuvre ou de chauffage, hébergeant nombre d'auxiliaires de culture (abeilles etc...)

-    Une porosité du sol, grâce à l'arrêt des tassements mécaniques et la paix enfin retrouvée pour les vers de terre capables de creuser et fertiliser leurs 400m de galeries au m2. Donc plus de lessivage et beaucoup moins d'érosion.

-    Un équilibrage et une régulation des ressources sur le site même de l'exploitation.

-    Une dynamique allant vers l'autonomie.

 

Soit un mode de production quasi autonome, produisant plus qu'il ne consomme, se régénérant en permanence, construisant, régulant, s'enrichissant sans cesse sans apport extérieur. La garantie même de la durabilité.

 

Un vieux couple qui dure

 La Nature à horreur du vide, le sol, lui, déteste être nu.

 Même les sols apparemment les plus arides se font rapidement coloniser par des plantes couvrantes. Ces précurseurs, que l'on traite souvent à tort de "mauvaises herbes" préparent le lit nuptial de ce couple originel. En effet, il s'agit pour le végétal de patiemment créer cette interface à la fois minérale et végétale source de toute vie terrestre: la rhyzosphère.

C'est ce monde mince et omniprésent qui couvre une grande partie de notre planète, c'est lui qui héberge les acteurs principaux de la fertilité, les champignons et les vers de terre entre autres.

Cet "épiderme" terrestre sur lequel nous vivons depuis toujours est le fruit de ce mariage entre les plantes et le minéral, c'est notre humus primaire, c'est notre capital. L'humanité doit évidement en recevoir les dividendes pour vivre convenablement, mais elle doit aussi et surtout ne pas l'entamer, l'entretenir, le comprendre et l'accompagner dans sa production. La plupart des techniques agricoles d'aujourd'hui font l'inverse, nous faisons comme si ce capital était inépuisable.

Pollution des sols, érosion, lessivage sont les résultats avérés de la plupart de nos pratiques agricoles actuelles.

 

Il faut comprendre, pour en apprécier toute sa valeur, que l'association sol/plante est véritablement le moteur biologique du monde vivant. Elle concerne en effet à la fois les circuits courts et locaux de la matière vivante et les grands flux globaux, eau, air, carbone, énergie solaire et azote.

Cette spirale de la fertilité se fonde sur un échange de bons procédés:

-    La plante de développe grâce à l'énergie solaire (gratuite) et au carbone (notre principal polluant), en retour, elle nous restitue l'oxygène dont nous avons besoin.

-    Elle a besoin aussi d'eau, azote et autres nutriments comme le phosphore, potassium, calcium etc... Ces nutriments lui sont fournis par le sol sous une forme organique par l'intermédiaire des bactéries, des champignons et de la faune qu'il abrite (insectes, vers de terre etc...)

-    En retour la plante donne vie au sol par ses racines en restituant l'énergie et les minéraux qu'elle assimile par son feuillage. Soit en décomposant ses parties "mortes" (humus) soit sous forme de nutriments qu'elle libère par ses racines.   

 

 

Les bénéfices sont réciproques, l'enrichissement mutuel.

La plante augmente la partie vivante du sol, ses racines travaillent intimement avec les micro organismes présents. Ce faisant, elle augmente la porosité du sol qui retient et stocke l'eau de pluie et  accroît en même temps ses capacités d'hébergement d'être vivants.

En poussant, les racines vont chercher plus profondément dans la roche mère des minéraux qu'elles seules savent dégrader et "remonter" en les rendant ainsi disponibles. Ce faisant, elles profitent des galeries créées par les vers de terre pour se développer encore plus vite.

On comprend donc bien comment, ensemble, la plante et le sol disposent de plus d'eau, plus de vie, plus de richesse organique et minérale.

 

 

On comprend à ce moment que la couverture végétale des sols dépasse largement le seul cadre de l'alimentaire.

L'agriculture porte donc une double responsabilité, nourrir les humains que nous sommes ET maintenir sur les surfaces immenses qu'elle utilise le maximum de couverture végétale et ce, en permanence. Ceci, non seulement parce qu'elle en profite en premier lieu mais aussi et surtout dans le but de protéger et pérenniser ressources et environnement.

Grâce à cette "trame verte" la plus étendue possible:

-On protège et régule la ressource en eau en limitant l'évaporation donc l'impact des sécheresses, des inondations, des pollutions.

-On protège le sol de l'érosion et on le rend plus riche, plus vivant et productif.

-On favorise la bio diversité en permettant à la faune de s'abriter, se nourrir, se reproduire.

-On purifie l'air en fixant le carbone mais aussi on le rafraîchit et l'hydrate par évaporation.

-On tempère le climat

 

Voici donc les "Riches Terres", profitables à l'ensemble du territoire et de ses habitants.

 

Arnaud Daguin