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La preuve par l'œuf

Un œuf est un œuf me direz-vous,

On va bien voir que non.

Bien sûr tous les œufs semblent égaux en cela qu'ils proviennent du même orifice.

Mais là s'arrête l'égalité.

De cet objet parfait, solide, minéral et organique dans son alvéole cartonnée s'offrant à nous à grand renfort d''imagerie champêtre nous ne savons rien.

Tout au plus nous précisera t on la date de ponte et, depuis quelques temps, une indication du mode d'incarcération avicole concerné.

Il y a autant de différences entre un œuf industriel et un œuf agro forestier qu'entre un plant de maïs grand roux basque et un épi de Monsanto 805 transgénique.

Deux mondes, deux visions du monde, deux façons d'envisager le futur de l'humanité.

Mais qu'est-ce que l'agroforesterie? M’interrogez-vous avec ce regard vaguement concerné du chiot qui a bouffé la Louboutin sous la table.

Eh bien chers candides, heureusement de moins en moins nombreux, l'agroforesterie c'est le grand retour de l'arbre.

Ah bon? Il était parti? On nous dit rien c'est incroyable!

Oui, l'arbre est sorti de notre agriculture à grands coups de bulldozer, de remembrement, ce fut une hécatombe.

Bye bye les haies asiles de passereaux et d'insectes, ciao les bosquets de sommets de collines, empêcheurs de ravinement, fixateurs de carbone, accumulateurs d'eau, so long les trognes, vous savez ces arbres qui donnent toute leur vie leurs branches pour les bois d'œuvre, de chauffage et de cuisine.

Le productivisme acharné des trente glorieuses a transformé notre biosphère en usine et nos paysans en ouvriers spécialisés.

Alors quelques-uns il y a déjà bien des décennies ont décidé, sans rien inventer de vraiment neuf, de s'inspirer du modèle de la forêt qui comme on sait fabrique des tonnes de biomasse, fixe des tonnes de carbone, stocke de l'eau et crée des microclimats pour peu qu'on lui foute la paix.

L'agroforesterie ou comment profiter à plein de l'abondance et de l'énergie infinie du végétal.

L'agroforesterie ou l'art d'élever veaux vaches cochons couvées dans un biotope équilibré où ils participent à la cohérence de leur milieu.

Le jardin d'Eden pour parler vulgairement.

Indubitablement les œufs de poules en pleine forme, qui courent à l'ombre, mangent des insectes, broutent (oui les poules broutent!) de l'herbe, des feuilles, des plantes, des fleurs, fertilisent leur paradisde leurs fientes, sont plus chers que les œufs de chez Auclerc ou Lechan. Certes, mais leur valeurs ne sont pas comparables. Leur bilans respectifs depuis leur origine sont diamétralement opposés.

Cet œuf-là, agro forestier donc, depuis le projet de sa production et pour peu qu'il soit arrivé sur votre coquetier par un circuit court cumule tant de qualités sur son passage que l'on ne peut plus le confronter à son pauvre cousin pléthorique, pauvre en nutriments, utilisateur de tonnes d'antibiotiques et pourrisseur d'environnement (sans compter qu'il ne paye pas son ouvrier et je ne mentionne même pas le traitement infligé à ces cocottes).

Laissons parler Alain Canet, président de l'AFAF pionnier inlassable de l'agro foresterie :

"L'œuf agro forestier a, lui, un bâtiment naturellement climatisé, subtilement intégré dans le paysage, un parcours raisonnablement ombragé, un micro climat approprié, un air épuré, des effluents d'élevage magnifiquement recyclés, des abeilles délicatement appâtées, de l'eau filtrée et logiquement infiltrée, des fruits et des fleurs en quantité, un cadre de vie largement amélioré et pour peu que ces arbres soient des trognes, du bois rapidement en quantité."

Hébé! En voilà bien des vertus pour un seul œuf, j'y ajouterai volontiers le point de vue du cuisinier: gustativement, y a pas de match! Assurément, s'il en va de même (et il semblerait) avec les autres produits agricoles, qu'attendons-nous pour demander, que dis-je, exiger, que ces vertus soient enfin lisibles sur nos achats?

Ça serait intéressant de savoir où filent nos euros:

Vers des filières industrielles délivrant certes à bas coût (merci la PAC) des produits qui ne nous font aucun bien, contribuent largement à (finir de) pourrir notre environnement et ne payent même pas le boulot qu'ils nécessitent?

Ou bien vers des filières où, à chaque étape de sa production, ce produit participe à un équilibre, améliore son environnement et paye dignement celle ou celui qui trime?

Toutes ces différences citées par Alain Canet sont autant de critères à prendre en compte d'urgence dans nos choix alimentaires, certes nous votons avec nos paniers à provisions, encore faudrait-il qu'il y ait quelque chose d’intelligible écrit sur les bulletins de vote!

Aujourd'hui, seulement une infime partie de l'offre alimentaire relève de la production vertueuse, ce sont des expériences, des pistes, des embryons de modèles, rêvés et réalisés par des pionniers courageux et obstinés mais tellement minoritaires (La Ferme du Bec au Bec Hellouin, Jacques Abbatucci et ses veaux tigres enCorse, la Ferme en Coton à Auch, les Jardins de la Fraternité Ouvrière à Moucrons en Belgique etc...)

Il est urgent que, sur le marché ou sur les marchés publics, on puisse faire valoir une exigence légitime quant aux vertus recelées par les produits, vertus cumulées tout au long des filières.

Il faut mettre en lumière les producteurs qui ont fait les choix de l'équilibre et du durable et ce, pour certains, depuis longtemps déjà.

Il est capital que les propriétaires fonciers de terres agricoles aient les infos et les contacts pour inventer les partenariats de demain en assumant ainsi la responsabilité d'être les gérants clairvoyants de l'avenir agricole. Et donc humain.

Ce n'est pas d'une réforme agraire dont nous avons besoin mais d'une douce révolution au rythme de l'arbre qui pousse. Pour cela il faut impérativement que nous connaissions vraiment la nature et le bilan des produits que nous achetons soit directement, soit collectivement pour la restauration publique. C'est par là et en choisissant en connaissance de cause que nous orienterons l'avenir (qui,comme on sait, est dans l'assiette).
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Ad.