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Jolies geôlières

S’il y a une personne que les filles détestent, c’est elle même. Elles ne se pardonnent pas d’aimer les plats en sauce avec du pain et de reprendre du gratin parce qu’elles trouvent ça bon. La fille au bon coup de fourchette ne mérite qu’une chose, se la planter dans le dos (ce qui n'est pas facile). Mais la plupart du temps, son châtiment, c’est l’incarcération à perpétuité dans des régimes totalitaires. Les filles sont le Josef Fritzl (célèbre geôlier familial autrichien) de leur propre corps. Elles le prennent en otage, le privent de tout et le séquestrent dans ce boyau sans aération qu’on appelle slim. Tiens, parlons en du slim, un, ça ne va à personne, deux, quelle façon étrange de se montrer à poil (en plus gros) tout en se prétendant vêtu.

Pourquoi faut il que l'appétit soit coupable? D'abord l'appétit c'est quoi? C'est avoir besoin de se nourrir ou envie de siphonner un bocal de pâte à tartiner ? À partir du moment où manger relève de l'autorisation et non plus de la proprioception, on entre dans le domaine de la psychiatrie et on quitte celui de la nourriture.

Serions nous à ce point déconnectés de nos besoins vitaux? Tellement noyés sous les sollicitations et allégations tordues, savons nous encore reconnaître un besoin vital d'une compensation régressive?

Je craque pour un croque, je m'autorise un dragibus, je m'accorde un macaron, je rattrape mon mojito d'hier par un thé vert d'aujourd'hui, je me régis, j'aimerais bien me discipliner. Pourquoi donc ce lexique pénitentiaire?

Une piste sérieuse, conquérir le physique de toxico hypersexué en vogue dans le magazine éponyme. C'est vrai que si on veut vraiment ressembler à ça, quel que soit le point de départ, alors l'auto-fascisme devient nécessaire.

Dernier exemple en date, le fumeux régime 5:2. Ahhh la belle trouvaille: Bouffer cinq jours, jeûner deux. Cinq jours de perm et deux de mitard, ça marche à votre avis?

Et l'hyperproteiné, parlons en de celui là : manger principalement des protéines animales, hé bien, ça fait puer. Ah! Les remugles ammoniaqués de vestiaires de culturistes que l'on balance à tous vents quand on ne mange que de la bête ! Qui a dit "tu manges comme un chacal, tu pues comme lui"? Un chacal en slim qui regrossira dès que la garde aura baissé. Ce qui est inéluctable, en gros.

Il est intéressant de noter que les programmes minceur qui fonctionnent le mieux sont ceux où l'on reprend contact avec la réalité de l'aliment.  Premièrement, ne mangeons plus des marques, mais des produits . Est ce que c'est monsieur Kellogre qui décide du sucre que je mets dans mes céréales? Et c'est William Vaurien qui choisit la masse de sel que j'ingurgite? Et c'est Dukon qui me dicte mes menus? Non c'est moi, mais avant je consulte mon appétit qui sommeille à la cave ou plutôt, je le laisse causer. Nous savons toujours, quelque part au fond ce qu'il nous faut au moment où il le faut.

Retrouvons donc les envies premières, celles qui ne sont pas dictées par le rouleau compresseur permanent de la machine a vendre.

Repérons les moments de la journée où nous avons faim et distinguons les de ceux où l'on s'ennuie, de ceux où l'on a besoin de se rassurer.

Goûtons enfin les saveurs d'un produit démaquillé de sel, de sucres, d'agents de sapidité. Savons nous seulement l'acheter celui là?

N'ayons plus peur du gras mais sachons distinguer les bons gras qui  font la peau douce et le neurone alerte des mauvais gras qui restent sur les hanches et bouchent les vaisseaux du cœur.

Arrêtons de flipper avec le vin, le café et autres joyeusetés,  il n'y a pas plus de produit toxique que d'animal nuisible. Le poison c'est la dose.

Avec tout ça et un peu d'amour pour nous même, le poids idéal ne se fera pas prier.

Et on y rentrera dans ce putain de slim dont il faut reconnaitre qu'il est le pire affront jamais fait à la cuisse féminine.

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