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Alter lasagne, la suite

Pour rajouter une couche aux lasagnes, et après commentaires féminins, il me semble nécessaire de préciser ici une vision culinaire du végétal, injustement traité dans notre patrimoine depuis des décennies.

Dans nos registres culinaires ménagers, industriels et collectifs, nous passons une bonne partie du temps (et un maximum d'énergie) a ôter aux végétaux la plupart de leurs qualités, puis, usant de divers artifices et abusant d'adjuvants, nous essayons de leur redonner un intérêt gustatif.

Deux ennemis majeurs du végétal:

1 L'épluche-légumes

Cuisinons avec du bio, économisons l'économe.

Même si l'avenir de la planète nous indiffère, si le sort des agriculteurs ne nous concerne pas, même si nous sommes actionnaires chez Monsanto, nous devons savoir que 80% des micro nutriments des végétaux se trouvent dans les 3 premiers millimètres sous la peau. Les peler nous priverait donc de cette manne.

Mais, quand les légumes sont traités, les mêmes 3 millimètres se révèlent être le compartiment tueur.

Merci le bio qui nous sauve de la corvée de pluche!

2 L'eau

L'eau dissout et dilue tout. Saveurs, vitamines, sels minéraux et tanins naturels s'évanouissent dans la brume des couscoussiers ou disparaissent dans le tourbillon des éviers goulus.

La seule bonne raison de cuire des légumes dans de l'eau, c'est de manger l'eau, d'ailleurs ça s'appelle une soupe et, avec du pain et un bout de lard les jours fastes, ça a nourri des siècles d'humains.

Tous les légumes gagnent à être cuits en concentration. Rôtir, sauter, cuire en cocotte, autant de façons de stocker du goût et des qualités nutritives dont on pourra se servir dans foule de préparations.

Une autre opinion féminine me faisait réaliser l'oubli de deux points dans la liste des vertus d’une alimentation potagère.

Les légumes sont certes une bénédiction pour le biotope, la santé, l’emploi, l’énergie et cetera, mais  surtout ils ne font pas grossir. Parce que si l'opinion féminine aime énormément la planète, elle lui préfère quand même ses fesses et si elle peut sauver les deux à la fois alors tant mieux.

L’autre point, c’est que les légumes tels que traités plus haut ne font pas péter.

Donc un régime à 80% végétal n’ayant aucune incidence pondérale ou gazière, qu’est ce qui ce qui nous empêche de nous ruer chez le primeur?

Le manque de recettes?

Bon alors en voilà une.

LASAGNES AU PANAIS (ET PAS AU PONEY)

Pour 6 personnes, il faudra:

1 boîte de lasagnes en feuilles

250g de panais moyens

200g de champignons de Paris

3 poireaux

1/2l de crème liquide

100g de vieux fromage de brebis ou à défaut, parmesan râpé fin.

1 citron vert mis la veille au congélateur.

Mettre les panais brossés, les champignons nettoyés à sec (au pinceau) et les poireaux déshabillés de leurs premières feuilles et désablés dans une plaque à four qui les contienne bien serrés. Rôtir le tout avec un voile d'huile d'olive à 180° pendant 1h. Ne pas hésiter à verser un tout petit peu d'eau au fond de la plaque à mi-cuisson pour empêcher les sucs de brûler. Ceci peut être fait la veille.

Couper tous les légumes cuits en petits morceaux, déglacer le fond de la plaque à four avec un peu d'eau et mettre le tout dans une casserole, couvrir de la crème liquide, donner une ébullition. Râper dessus une cuillère à café de citron vert gelé, réserver.

Montage:

Ébouillanter les feuilles de lasagne une par une grande casserole d'eau légèrement salée. En disposer une couche au fond du plat. Verser le mélange légumes crème sur 2cm. Recouvrir de nouveau avec des feuilles de lasagnes ébouillantées puis recommencer, finir avec le mélange, recouvrir du fromage râpé et râper par dessus encore un peu du citron vert gelé. Cuire au four à 160° 15 min.

Servir avec une salade d'hiver, mâche, roquette et feuilles de persil plat.

Et miam!

 

La plaque de légumes rôtis qui sert de base à cette recette est votre meilleure amie. Vous en varieriez le contenu au cours des saisons et n'en verrez jamais les limites. Servis chauds ou froids, avec ou sans sauces, transformés en soupes, gratins,  purées, ces légumes, concentrés de goût et de nutriments, se réjouiront même de la compagnie de quelques bestioles choisies avec soin et servies avec modestie.

Tuer une bête pour s'en repaître n'est pas un geste anodin :  pour ménager nos sensibilités, aujourd'hui la chair est désincarnée. Cet oxymore nous sert de paravent métaphysique. De plus en plus branlant, il y a fort à parier qu'il ne tienne pas longtemps sous les bourrasques de nos culpabilités et sous la lumière des informations qui éclairent chaque jour un peu plus le tableau navrant du monde de la barbaque.

Et si je veux une entrecôte? Soit je me la mérite en y mettant le temps et le prix, soit je l'oublie.

Aux légumes, citoyens !